Un gouvernement au radicalisme suspect

9 juin 2009

par Pascale Bussière
porte-parole de SOS Radio-Canada

Suite aux récentes coupures que le gouvernement conservateur a imposées à notre radio-diffuseur public, et en réaction aux menaces de privatisation qu’il lui laisse maintenant entrevoir, je me joins au mouvement S.O.S Radio-Canada pour manifester contre ce radicalisme suspect.

Pour la majorité d’entre nous, Radio-Canada représente le siège privilégié de notre culture, de notre voix aux multiples accents. Une société d’État qui assume depuis près de quatre-vingt-dix ans son mandat avec pertinence, rigueur et intelligence, avec audace et créativité.

Comme beaucoup d’entre nous, j’ai grandi avec Radio-Canada et je suis encore aujourd’hui «branchée» sur l’une ou l’autre de ses multiples plates-formes pour m’informer, pour m’instruire et me divertir. C’est une source vive à laquelle je m’abreuve quotidiennement.

Radio-Canada est le berceau d’un nombre incalculable de créateurs, d’animateurs, de journalistes, de recherchistes, de réalisateurs et de comédiens répandus sur l’ensemble de notre vaste territoire. C’est une formidable fourmilière qui s’active nuit et jour pour façonner notre terreau en perpétuelle transformation. Nous avons fait le choix collectif de soutenir ce véhicule, essentiel à l’expression de notre culture, et qui représente aujourd’hui un acquis fondamental.

Cet extraordinaire outil identitaire et démocratique ne devrait absolument pas être considéré comme une entreprise et être soumis aux diktats d’une logique marchande. Nos élus ont la responsabilité de protéger et d’assurer la pérennité de cet instrument public afin qu’il conserve son prestige et son indépendance.

Le virage technologique, le désertion des publicitaires et la crise économique actuelle remuent sauvagement Radio-Canada, qui doit réajuster rapidement ses modes de fonctionnement. C’est précisément dans ce sens qu’une étude du comité permanent du patrimoine de la Chambre des communes proposait des solutions éclairées et pertinentes pour mieux négocier ce virage.

Or, les conservateurs ne semblent pas vouloir entendre ces propositions et rejettent en bloc toutes les solutions de sauvetage proposées par le comité. Pire encore, on envisage aujourd’hui une solution… assassine.

Devant cette posture idéologique, il est difficile de voir autre chose que le visage de la provocation, et le dessein inavoué d’affaiblir notre parole. Le coup de sabre qui s’abat actuellement sur notre Société d’État pourrait s’avérer fatal, irréversible.

Aussi faut-il, de toute urgence, faire entendre nos voix dissidentes et sauvegarder ce qu’on tente ici de nous enlever grossièrement.

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Radio-Canada serait-elle à vendre ?

3 juin 2009

Hier,  les médias du groupe CanWest  laissaient entendre que le gouvernement Harper envisageait de privatiser Radio-Canada, tout comme huit autres sociétés de la Couronne. Cette évaluation s’inscrit dans un processus de révision des actifs du gouvernement fédéral en fonction de leur efficacité, de leur viabilité et de leur soi-disant pertinence. Ce processus figurait au dernier budget, mais a été amorcé à l’automne dernier. De plus, une note de «breffage» du Ministère des Finances, datée du 2 décembre 2008, confirme qu’Ottawa entend considérer la privatisation de certaines sociétés de la Couronne.

Un sondage réalisé en mai 2009 par Pollara, pour le compte des Amis de la CBC, révèle que les Québécois ne sont pas dupes : 70 % d’entre eux, comparativement à 63 % au pays, jugent Stephen Harper hostile envers Radio-Canada et enclin à réduire le rôle de la radiodiffusion publique ; 54 % estime qu’il a des intentions cachées en faveur des radiodiffuseurs privés ; 73 % jugent que le niveau de financement de la radiodiffusion publique est une indication du traitement que le gouvernement fédéral réserve à la culture québécoise ; 71 % estiment que le financement est inadéquat et 65 % des Québécois sont en désaccord avec la privatisation de Radio-Canada.

L’intérêt des Conservateurs pour la privatisation de Radio-Canada n’est cependant pas nouveau… Ceux-ci ont plusieurs fois fait part, publiquement, de leur intention d’en arriver à cette solution.

Ainsi, le 19 mai 2004, pressé de questions par un journaliste de Winnipeg au sujet de ses plans pour Radio-Canada, Stephen Harper a offert cette réponse : « J’ai proposé que l’appui financier du gouvernement envers Radio-Canada aille plutôt à des choses qui ne sont pas… qui n’ont pas d’alternatives commerciales. » Avant d’ajouter au sujet de la radio et de la télévision publique : « vous pourriez les placer en situation commerciale ». Au cours de l’élection fédérale de 2004, l’ex-député et ex-directeur de campagne, John Reynolds, fit savoir par écrit à l’un de ses commettants que la télévision de Radio-Canada « serait obligée d’être en compétition, mais avec les amarres complètement coupées ». En 2006, les députés conservateurs minoritaires ont rejeté une motion de la Chambre des communes appelant au maintien ou à l’accroissement du financement de la radiodiffusion publique au pays. Idem en février 2008, lorsqu’une étude du Comité permanent du Patrimoine de la Chambre des communes proposait un financement public annuel de 40 $ par personne, pour une durée de sept ans, assorti de conditions. Tous les partis ont approuvé ces recommandations, sauf les Conservateurs.

SOS Radio-Canada juge qu’à seulement 33 $ par personne, alors que la moyenne internationale est de 80 $, nous sous-finançons notre radiodiffusion publique. C’est pourquoi notre mouvement appuie un financement de la SRC sur 7 ans, qui ferait passer la contribution de chaque Canadien de 33 à 40 dollars et qui rendrait permanent l’actuel financement annuel d’appoint de 60 M $. Au Québec, la SRC est un pôle de création et de développement culturel et social, un modèle journalistique et un chien de garde de notre démocratie.

L’Union des artistes saute dans l’arène !

Par la voie d’un communiqué, l’UDA souligne combien Radio-Canada est un outil de développement économique et culturel du Québec et joint sa voix à celle de notre mouvement. Elle estime qu’il serait dangereux, voire irresponsable, de ne pas venir en aide au radiodiffuseur public et de ne pas tenir compte des recommandations du Comité permanent de Patrimoine canadien. Rappelons que celui-ci recommandait pour Radio-Canada un financement stable sur 7 ans, faisant ainsi passer la contribution annuelle de chaque Canadien de 33 à 40 $ stabilisant ainsi un financement d’appoint de 60 M$, qui était renouvelé annuellement sur des bases discrétionnaires.

Mobilisons-nous !

Comme vous le constaterez nous avons mis en ligne une pétition pour dénoncer la volonté du gouvernement canadien de démanteler la Société Radio-Canada, un outil essentiel à notre développement culturel et identitaire.

SOS Radio-Canada invite tous les organismes, les municipalités du Québec, les élus, les entreprises et les associations qui saisissent la valeur culturelle, économique et sociale de Radio-Canada au Québec à emboîter le pas à l’UDA et à faire valoir leur vision par le biais d’un appui public et de lettres ouvertes.

Nous nous sommes donnés pour mission de mobiliser la population, de forcer le prochain gouvernement canadien à reconnaître l’importance culturelle et sociale de Radio-Canada au Québec et de le convaincre d’augmenter de façon permanente son financement public. Pour y arriver, nous mènerons une campagne de mobilisation énergique et poserons des actions tactiques au cours des prochaines semaines.

En l’espace de 72 heures, notre site affiche un taux de fréquentation exceptionnellement élevé et nous comptons déjà plus de 2100 adhérents sur notre page Facebook. Nous recevons chaque jour des centaines de courriels.

Comme vous le savez, nous sommes un mouvement entièrement bénévole et sans budget. Notre seul média, c’est notre voix. Notre seule force de frappe, c’est l’ampleur du mouvement que nous avons lancé hier.

Merci à tous.

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Face au mépris de la culture : mobilisons-nous !

28 mai 2009

Nous sommes un groupe de citoyens inquiets. La radiodiffusion publique est menacée au Canada. Et, à travers elle, notre culture l’est aussi.

Le 25 mars, en raison d’un manque à gagner de 171 M $, Radio-Canada a annoncé qu’elle allait devoir vendre des actifs et sabrer 10 % de ses effectifs, soit 805 postes, dont non moins de la moitié dans les services français. Problème : avant d’arriver à ces compressions, les Conservateurs ont, dans un geste idéologique, refusé de venir en aide à Radio-Canada, à qui une avance de fonds sur ses crédits parlementaires ou la possibilité d’emprunter aurait suffi. Plusieurs émissions ont donc été abandonnées, les compressions ont été rendues publiques et les retraites ou licenciements seront tous annoncés d’ici septembre.

Nous sommes un groupe de citoyens décidés. Décidés à défendre la radiodiffusion publique au Québec. Et, à travers elle, notre culture.

Le 21 mai, l’ex-chef d’antenne du Téléjournal de Radio-Canada, Bernard Derome, a appelé la société civile à agir face au démantèlement de la Société d’État. Nous y réfléchissions déjà. Cet appel nous a convaincus d’accélérer le pas. Pourquoi ? Radio-Canada n’est pas un luxe. C’est un choix de société. Radio-Canada est un moteur de notre développement culturel et social. C’est un modèle journalistique et un chien de garde de notre démocratie.

Ces coupes ne sont pas un redressement administratif, mais un règlement de compte politique. Bien entendu, le modèle économique de Radio-Canada ne fonctionne plus, selon les mots mêmes de son pdg Hubert T. Lacroix. En dollars courants, Radio-Canada dispose de 400 M $ de moins dans son budget qu’en 1990. Les revenus publicitaires chutent, les coûts de programmation augmentent, l’infrastructure de communication vieillit et le financement des salaires de base souffrent d’un manque à gagner. Prévenant, le Comité permanent du patrimoine avait suggéré, en février 2008, un redressement majeur : un financement stable sur 7 ans, qui passe de 33 $ à 40 $ par habitant, assorti de conditions et d’un protocole d’entente. Tous les partis ont accepté cette formule, sauf quelle formation ? Sauf les Conservateurs.

Nous sommes un groupe de citoyens informés. Nous savons combien la radiodiffusion publique est importante. Importante, notamment, pour notre culture.

À 40 $ par Canadien, Radio-Canada offrirait un bon rendement sur l’investissement. À seulement 0,12 $ par jour par personne, la radiodiffusion publique canadienne ne se classerait que 15ième parmi 18 pays industrialisés. Elle se classerait loin derrière la Suisse (154 $), la Grande-Bretagne (124 $) et la France (80 $)… Si bien sûr elle continuait à être financée sous la moyenne occidentale de 80 $ par habitant, elle continuerait néanmoins d’offrir un service public de qualité dans les deux langues officielles (et bien d’autres) à la radio, à la télévision, sur le web et dans 28 autres plateformes, d’un océan à l’autre et via six fuseaux horaires.

Or, les dernières compressions restreignent cette activité, elles risquent de faire passer la Société d’État du rôle de radiodiffuseur public à celui de radiodiffuseur de boutique. Elles réduisent Radio-Canada à demander les mêmes choses que les radiodiffuseurs privés : un plus grand accès au Fonds des médias ainsi que des redevances sur la distribution par câble ou satellite. Elles réduisent CBC à diffuser de nombreuses émissions américaines aux heures de grande écoute à titre de locomotive publicitaire : Martha Stewart, Roue de Fortune, Jeopardy, Les Simpsons, Battle of the Blades, Super Speller… Nous refusons cela pour Radio-Canada. Nous refusons cela pour notre culture.

Le 31 mai, nous lançons le mouvement SOS Radio-Canada.Ce blogue sera votre point de chute pour les prochains mois. C’est ici que vous pourrez agir, que vous pourrez nous écrire ou nous faire part de toute information ou activités que vous jugerez utiles. C’est ici que vous trouverez de l’information sur les actions que nous entreprendrons ainsi que de l’analyse des enjeux et des rapports de force. C’est ici que nous ferons reculer le prochain gouvernement. C’est ici que nous ouvrirons ensemble la voie à la sauvegarde d’une institution qui nous a formés comme peuple et comme individus, et dont nous sommes tous partie prenante.

Joignez-vous à nous :

Info@sosradiocanada.org

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